dimanche 25 avril 2010

2 questions


Faire l'états des lieux, à quoi cela t'invite-t-il aujourd'hui dans le cadre du Parcours d'Artistes?

Faire l'état des lieux, j'aime cette expression. Cela me parle d'espaces : lorsqu'on emménage ou lorsqu'on quitte un « chez soi » (et d'ailleurs quand peut-on dire qu'on est vraiment chez soi ?), l'espace public aussi, puis l'espace intime, celui où l'on fait ses mises au point ! « Lilas blanc » parle de tout cela pour moi. Et aussi de territoires, de limites, d'identité. Dis-moi les territoires que tu habites, je te dirai qui tu es...


Dans le cadre d'Etats des lieux, j'ai eu envie de mettre en chantier ma nouvelle. Chercher la forme de dire qui lui convienne, et cela dans un lieu habité.



Tu as choisi de conter dans la Chambre, peux-tu nous dire pourquoi avoir choisi cet espace là?

Je crois que ce texte a besoin d'un espace intime et d'une lumière entre chien et loup... là, quand le jour et la nuit frisent l'un avec l'autre. Et puis aussi, ta chambre est une des plus organique que je connaisse ! Elle vibre, évolue, en fonction de tes états, des saisons et de ceux qui l'occupent.





vendredi 9 avril 2010

Lumière..............................P. REVERDY


Une petite tache brille entre les paupières qui battent. La chambre est vide

et les volets s'ouvrent dans la poussière. C'est le jour qui entre

ou quelque souvenir qui fait pleurer les yeux. Le paysage du mur

-l'horizon de derrière- ta mémoire en désordre et le ciel plus près d'eux.

Il y a des arbres et des nuages, des têtes qui dépassent et des mains

blessées par la lumière. Et puis c'est un rideau qui tombe

et qui enveloppe toutes ces formes dans la nuit.




LE NOMBRIL -extrait-

"La légende disait : Que les femmes prennent soin de leur nombril car il est la porte qui les unit au ciel. Ainsi c'est par le nombril que la foudre pénétrera leur ventre afin de les féconder. Quant aux hommes, qu'ils prennent soin d'ouvrir et de préparer la voie, car c'est par là que sortira l'enfant issu de cet union.

Elle n'avait pas de nombril.

Elle était ronde, blanche, désirable, tous les hommes avaient rêvé d'elle en silence, rêvé d'enfuir une nuit leur tête entre ses seins, de se consoler dans ses chairs molles... Mais elle n'avait pas de nombril -et ça tout le monde le savait.

Pas de nombril : un oubli sans doute, une malédiction peut-être.
Elle ne serait jamais touchée par la foudre. Jamais fécondée. Jamais comme les autres. Au village, on la disait sorcière, succube, catin ; haine, crainte, jalousie alimentaient les langues de vipère. Seul le vieux la voyait autrement. Dans ses yeux délavés, pas de haine mais une étrange admiration, une curiosité discrète : elle était un mystère."
OdXAm


Amandine Orban de Xivry



Conte



Enfant, j'ai vécu dans les Ardennes. Les collines et les forêts habitent mon paysage intérieur. J'aime le vert de la mousse, l'odeur de la terre, les espaces qui s'ouvrent, le silence, les lumières. Mais, dans les saisons grises la campagne m'endort... ! A 17 ans je suis partie, loin, puis revenue, à la ville cette fois. J'aime Bruxelles et son agitation. J'aime son foisonnement chaotique et comme elle me surprend. Alors, je vais je viens, j'emménage, déménage,... Mon chez moi est ici, mon chez moi est ailleurs. Mais comme dans une histoire d'amour, Bruxelles est parfois tout ce que je ne peux plus voir ! Alors, quand la ville m'empêche d'écouter, je prends les chemins... Je vais l'œil aux aguets dans le sombre du bois, aiguille et fil à la main ; le fil passe par le chas, il était une fois… Je m'y laisse écrire. Je me laisse conter, des contes merveilleux surtout. Sur leurs trames je brode des petits riens, poésie du quotidien, malice, humour tendre ou cruel. Aujourd'hui, je peux dire que je conte pour voir les hommes de près ; comme le dit Seuphor, le ciel de leur regard me fascine... Je travaille le conte auprès de Myriam Mallié et Michel Hindenoch, 2 Grandes personnes ! Ecrivain public auprès de personnes âgées, intervenante en ateliers contes auprès de « primo-arrivants » (quel mot étrange !), conteuse, je traque la parole et les modes de dire.



Il y a quelques mois, je me suis surprise à écrire une nouvelle « Lilas blanc », je ne m'y attendais pas ! ... De ce texte, Céline dit qu'il est « gorgé de terre et de sang, à la fois lumineux et ténébreux, plein d'une musique colorée, tsigane, une voix rauque, profonde. On entre dans les entrailles de la terre, de la mère en devenir. C'est rouge et noir et blanc comme le soleil sur les draps mouillés. ». Son image n'est pas la mienne ; c'est ça que j'aime dans le fait de raconter des histoires.

OdXAm